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Charles Michel | Ministre

11 septembre 2009

J'ai donné une interview au journal Le Soir ce 10 septembre.

Septembre 2009, crise et déficit budgétaire : que veut le MR ?

Un mot-clé : travail. Protéger, renforcer, encourager le travail. Cela doit être notre obsession pour ce double budget 2010-2011. Je pense aux bas et aux moyens revenus. L'on paie aujourd'hui en Belgique trop vite beaucoup trop d'impôts sur le travail. Concrètement : les tranches de revenus nets imposables entre 10.000 et 17.000 euros annuels paient 40 % d'impôts ; entre 17.000 et 32.000, on passe à 45 %. C'est trop. Ces gens ne gagnent pas une fortune. Ce sont des moyens revenus. Ça ne va pas. Il faut alléger le poids de la fiscalité sur ces tranches de revenus.

Vous voulez qu'on touche à cela maintenant ?

Oui. Qu'on en discute.

Dès à présent, lors des travaux budgétaires ?

Mais oui. Les impôts que ces gens ne paieraient pas, ils les dépenseraient, ce qui soutiendrait la consommation et, partant la relance de l'économie. Ce n'est pas le seul dossier que nous, au MR, nous mettrons sur la table du gouvernement.

Quoi d'autre ?

Le soutien aux secteurs Horeca et de la construction.

La construction jouit déjà d'un taux de TVA réduit, de 6 %…

La mesure prend fin cette année, en décembre 2009, il faut aller au-delà, la prolonger. La construction, cela représente plus de 116.000 emplois dans le pays.

Quant à l'Horeca, Didier Reynders avait relancé l'idée d'un taux de TVA à 6 % là aussi, mais Herman Van Rompuy ne semble pas d'accord…

Les Français ont fait cela, expliquant aux restaurateurs qu'ils doivent répercuter la baisse de la TVA sur leurs tarifs. Nous devons opérer nous aussi. Tous les partis s'y sont dits favorables en leur temps. Qu'attend-on ? En plus, c'est une formidable mesure pour prévenir la fraude sociale et fiscale, lutter contre le travail au noir. On en discutera sein du gouvernement. Le Premier ministre a exprimé des réticences. C'est son rôle de tempérer les propositions des uns et des autres, mais on en parlera.

Si on ne prend pas une batterie de mesures en recettes et en dépenses pour restructurer le budget de l'État, on aura manqué l'objectif. À crise exceptionnelle, mesures exceptionnelles. Je répète : si on prend juste quelques douces mesurettes sans effet structurel sur l'activité économique, ce sera un lourd échec collectif. On est au pied du mur, contraints de épasser un regard strictement bête et idéologique, et de trouver le meilleur dans les propositions de chaque formation politique. Il faut faire un budget musclé.

« Bête et idéologique » ? Vous visez un parti ?

Non. Chacun doit venir sans tabous à la table. Moi, je dis par exemple qu'il faut aussi s'attaquer à la haute spéculation financière, pas seulement dans les discours, mais avec des mesures.

Haute spéculation financière ?

Je vise par exemple celui qui achète des actions pour un montant relativement élevé et qui les revend quelques mois plus tard, réalisant de fortes plus-values. La transaction doit être pénalisée. Pas les petits patrimoines de celles et ceux qui ont des revenus moyens, évidemment.

L'idée d'une contribution de crise exceptionnelle sur les banques en tant que telles ? Laurette Onkelinx en veut.

Je n'ai pas de nervosité à cet égard. Il faut envisager des mesures fiscales pour prélever des moyens sur les secteurs financiers qui ont été à l'origine de la crise, et qui portent une lourde responsabilité. Les mécanismes, nous en discuterons : cela peut être une imposition complémentaire sur les bénéfices, par exemple.

Oui, mais : qui peut croire, vu le déficit budgétaire, et l'endettement de l'État, qu'il n'y aura pas de « rigueur » pure et dure ? On entend ce commentaire de la part de certains « experts » : les politiques fuient leurs responsabilités…

Pas d'accord. Il faut guetter les économies possibles dans tous les départements. Scrupuleusement. Mais à l'horizon 2015, la manière la plus fondamentale de résorber le déficit, c'est de soutenir l'activité économique, réinjecter de la croissance, notamment en augmentant l'assiette fiscale.

La réponse à la crise, c'est donc la relance, pas l'austérité.

Absolument. Et le budget 2010-2011 doit être profilé dans ce but. En cela, il est crucial, je l'ai dit. Ce ne peut être un exercice courant.

Quid de la norme de croissance des soins de santé, de 4,5 % ?

Il est essentiel que dans cette crise économique l'on ne fasse pas payer la facture à nos concitoyens, singulièrement à ceux qui ont des soucis de santé. Cela étant, évitons le débat idéologique. Cette norme n'est d'ailleurs pas utilisée totalement. Bref : la norme en tant que telle, nous n'y toucherons pas.

Les syndicats ajoutent : taxons les hauts revenus. Une sorte d'impôt de crise là encore…

Idée sympathique sur le plan symbolique, mais ridicule sur un plan économique. Il y a un impôt sur la fortune en France, et l'État y perd, car cela fait fuir des capitaux.

Aussi simple que cela. J'ai dit ce qu'il fallait faire vis-à-vis des banques et de la spéculation financière. Mais ce débat sur les « hauts revenus »… Je n'ai pas de tabou, mais il est prouvé que c'est contre-productif. Alors ?

Vous croyez à la « reprise » économique annoncée ?

Je crois fermement à une reprise dans les mois qui viennent. Le choc de la crise a été dur, mais on n'est pas en guerre quand même ! Volontarisme et optimisme. Pourvu qu'on prenne les bonnes décisions pour la relance. Aux Etats-Unis. À l'échelle européenne. Comme en Belgique.

Le ministre du Budget a parlé de « faillite » de l'État.

Il a voulu frapper les esprits. Je n'aurais pas utilisé ce mot-là.

Le gouvernement fédéral doit rester jusqu'en 2011 ?

Il faut profiter de ce momentum politique, où les partis sont a priori plus détendus, pour prendre des décisions importantes et de long terme, d'abord en économie, mais aussi dans le domaine institutionnel. C'est l'intérêt du pays. Trêve de calculs électoraux.

Propos recueillis par DAVID COPPI.

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