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Charles Michel
| Ministre
Mardi 19 janvier 2010
Réseau de postes diplomatiques
D'après 'Le Soir'
Diplomatie / Après la « mauvaise décision » marseillaise, le ministre lance le débat
Des postes fermés ici, renforcés là
L’onéreuse ouverture d’un consulat général à Marseille pousse le ministre de la Coopération, Charles Michel (MR), à une réflexion globale sur le réseau diplomatique. Ouvrir Marseille était une bonne décision ?
C’est une mauvaise décision, car elle engendre un surcoût non nécessaire et qu’elle ne s’inscrit pas dans une vision générale du réseau diplomatique belge. Or, cette vision est indispensable, surtout dans un contexte d’importantes transformations sur le plan international et européen. Nos moyens diplomatiques doivent être mobilisés pour rencontrer nos objectifs internationaux. Or, Marseille est une décision qui sort de ce champ rationnel.
Une décision prise par un ministre seul, pour des motifs diffus ?
Les questions concernant notre réseau diplomatique doivent être débattues au conseil des ministres. Et entrer dans une vision globale, pour sortir de décisions individuelles, au cas par cas. L’argent investi est bien investi si le réseau correspond à nos priorités internationales. Je prône une réforme du réseau diplomatique, au bénéfice de notre prospérité.
Le réseau est mal géré ?
On peut apporter des modifications logistiques, pour savoir par exemple en temps réel ce que coûte et rapporte un poste, mais ce qui me motive, c’est d’avoir une carte diplomatique qui corresponde au nouveau monde.
Pourquoi les chiffres sont confidentiels comme pour Marseille ?
Je ne crois pas qu’il y ait une mauvaise volonté ou un problème de transparence – les parlementaires, la Cour des comptes peuvent avoir accès aux chiffres –, mais les mécanismes sont tels qu’il est difficile d’avoir les coûts en temps réel.
Comment réformer notre réseau diplomatique ?
Notre réseau collait à la réalité d’un monde bipolaire et d’avant le traité de Lisbonne. L’évolution vers un monde multipolaire et la construction européenne nous contraignent sans plus tarder – après notre présidence européenne, mais avant la fin de la législature – à une réforme sérieuse. D’autant plus importante que deux tiers de notre PIB est fondé sur nos exportations. La capacité de l’Etat à faire face à ses besoins sociaux est donc, pour deux tiers, liée à notre capacité de générer des exportations. La dimension de diplomatie économique est très forte.
Il faut fermer des postes, en ouvrir d’autres ?
Il y a actuellement 122 postes diplomatiques (ambassades, représentations permanentes, consulats…) et je pense qu’il faudrait une réduction d’une dizaine de postes – d’autant que le traité de Lisbonne prévoit la création d’un service d’action extérieure de l’Union européenne et qu’il sera important d’y détacher du personnel. Sur les 180 millions d’euros de frais de fonctionnement, on pourrait ainsi dégager 10 à 20 millions, à injecter dans des pays jugés stratégiques pour la défense de nos intérêts politiques, sociaux et économiques.
Quels postes doivent fermer ?
Il faut en discuter au gouvernement, je ne veux pas compliquer le débat avec des noms. Il faut une vision à moyen terme, car il ne s’agit pas de fermer en quelques semaines, comme à Nice avec les conséquences que l’on sait. Vous parlez de Marseille, mais d’autres décisions au cas par cas pourraient être citées, comme Milan. Or, on a toute la connaissance pour objectiver les choses, voir les avantages et les inconvénients des 122 postes sur la base de critères objectifs.
Quels sont ces critères ?
Mon souci est de mieux coller à la réalité des Belges à l’étranger sur le plan consulaire et d’avoir une vision stratégique des endroits où la Belgique peut peser, dans notre propre intérêt politique et économique. Trois éléments sont donc fondamentaux : la diplomatie économique (par exemple dans les pays émergents), politique (comme en Afrique centrale) et le volet consulaire.
Les fermetures concernent-elles surtout l’Europe, pour alimenter le service d’action extérieure ?
Non, car il faut conserver une diplomatie bilatérale pour défendre les intérêts belges. Mais il y a certains pays où il n’est pas nécessaire d’avoir deux, trois postes, des pays où on ne doit pas en avoir du tout et organiser la juridiction sur une base régionale.
Les diplomates sont d’accord avec votre analyse ?
J’entends une vraie ouverture. Cela peut d’ailleurs être motivant pour eux, car c’est valorisant d’être là où les choses se passent.
Pourquoi ne pas avoir pris cette position quand le ministre des Affaires étrangères était VLD ?
Quand Karel De Gucht était en fonction, un travail avait commencé sur ce thème. Ce n’est pas une question de politisation mais d’efficacité. En 2007-2008, on a souffert d’une image abîmée ; on retrouve une logique de reconquête et le Développement joue un rôle important.
L’image belge s’améliore ?
Je sens depuis quelques mois des signaux positifs, notre image est stabilisée, mais c’est potentiellement fragile. Je lance donc un appel à la raison.
La diplomatie est trop politisée ?
Je pense qu’elle est le reflet relativement correct des sensibilités politiques, mais la majorité des chefs de poste sont au service du pays, pas d’un parti. Par contre, je ne suis pas suspect d’être un excité linguistique, mais je pense qu’il faut être attentif au déséquilibre flagrant, au détriment des francophones, dans les postes diplomatiques les plus importants. Sur les 24 plus importants, ce déséquilibre atteint deux tiers-un tiers. Il y a donc deux fois plus de néerlandophones que de francophones. A Berlin, Londres, Rome, Madrid, Washington, Kinshasa, Tokyo, ONU, Otan…, ce sont des néerlandophones. Je prône donc un rééquilibrage lors du prochain mouvement diplomatique.
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Propos recueillis par
MARTINE DUBUISSON
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